Dans la première partie j'ai parlé de la coupure avec nous-même c'est à dire notre Soi, notre âme qui peut provoquer ce sentiment de solitude profonde. Et bien évidemment homme ou femme, tout le monde y a droit et est concerné... sauf à avoir fait le travail nécessaire à cette reconnexion.
Mais il y a aussi une autre coupure souvent présente dans ce sentiment de solitude qui n'est pas toujours consciente même si effective pour la plupart d'entre nous. Je veux parler du lien à la Nature et à celle qui nous porte : la Terre.
La société dans laquelle on vit coupe de plus en plus les êtres que nous sommes de leur environnement naturel et donc de notre lien avec elle. Cela n'est pas sans conséquences sur notre psychisme (j'en veux pour preuve la naissance de l'écopsychologie), sur notre équilibre énergétique et physiologique, et même sur notre intelligence et notre façon de voir le monde.
Nous vivons essentiellement à l'intérieur, un peu comme si les hommes des cavernes y étaient retournés pour n'en sortir que rarement. Nous sommes entourés d'un désert/prison de béton et de goudron dont l'aridité et la pauvreté sensorielle sont frappantes. Et dans le meilleur des cas nous pouvons trouver un désert de gazon de quelques mètres carrés où rien d'autre n'est autorisé à pousser.
Bref une vue dégagée sur l'immensité du ciel, la course des nuages, de grands espaces où arbres et plantes poussent à foison, où la vie animale y est florissante est devenu un grand luxe. Chaque jour les plantes sauvages disparaissent pourchassées car considérées comme de "mauvaises herbes" alors que pourtant une bonne partie ont des vertus médicinales. Des animaux, même protégés, sont chassés de leur habitat quand ils ne sont pas tués par les pelleteuses et autres engins au profit de l'exploitation des terrains, de la rentabilité, de la fièvre immobilière etc. D'autre meurent, comme de plus en plus d'être humains, empoisonnés par les pesticides et autres engrais chimiques. Et tout cela non pas à l'autre bout du monde, mais ici à nos portes, dans nos campagnes, dans le jardin d'à côté ou dans le notre parfois selon nos habitudes et comportements.
Je me fais leur porte-parole aujourd'hui.
Là aussi ne nous sentons-nous pas seules parce que cette société nous a fait grandir en ne respectant pas cette terre, ses ryhtmes et tous les autres êtres dont c'est aussi la demeure ? En créant des rythmes au mépris et souvent à contre-courant de ceux des saisons, de nos biorythmes, de la lune etc. n'avons-nous pas du coup été coupées de ceux qui nous constituent ne serait-ce qu'en ne les écoutant plus, en ne les comprenant plus voire pire en les méprisant et les dénigrant : les cycles féminins, les âges de la vie ? Et chaque mois cette énergie féminine, porte parole de la terre mère et de la nature est là pour nous le rappeler. L'écoutons-nous ? Nous permettons-nous ou nous permet-on de nous poser pour simplement l'écouter ?
Les amérindiens considèrent que tous les êtres vivants : plantes, animaux, insectes, être humains et même non vivants pierres, terre, etc. font partie de la même famille et sont tous respectables ou à respecter. Le contraste est frappant avec l'idéologie de notre société occidentale qui considère l'homme à part et au-dessus de tout. Une belle excuse pour assujettir et conquérir. La racine de l'esprit du colonialisme ! Et si ce sentiment de solitude profonde n'était en fait que le prix à payer pour une telle façon de penser et de se comporter ?
Car à partir du moment où je suis dans l'écoute, l'échange et le respect de tout ce qui m'entoure, donc dans une logique non pas de séparation mais intégrative... je peux très bien être physiquement seule en pleine forêt et ne pas ressentir une seule seconde le sentiment de solitude. Et si c'est le cas il se peut qu'il ne soit que le reflet de cette coupure dans laquelle j'ai grandi et que je ne sache plus communiquer avec les êtres autour de moi, lire le grand livre de la nature etc.
C'est l'occasion pour moi de vous parler de plusieurs expériences magnifiques qui me sont arrivées.
Il se passe souvent des choses étonnantes quand on pratique le tai chi chuan à l'extérieur avec les animaux. Il m'est très souvent arrivé qu'un chat passe par là et arrête son activité pour s'asseoir et regarder... parfois longtemps et semble y prendre beaucoup de plaisir. Il m'est également arrivé que des animaux plus sauvages soient indifférents mais s'approchent et vaquent à leur occupation à deux pas de moi tels un hérisson. Alors qu'ils seraient apeurés et ne montreraient même pas le bout de leur nez habituellement quand ils sentent une présence humaine.
Mais plus étonnant encore nous pouvons établir un contact avec les plantes. Cela m'est arrivé à plusieurs reprises et je peux témoigner qu'elles sont d'une grande compassion. A deux moments différents et difficiles de ma vie, des nuits noires de l'âme, de grands et vieux arbres sont entrés en contact avec moi pour me réconforter. L'un d'eux est un ami qui vit dans le jardin d'à côté. Pour eux, les êtres humains sont encore des bébés immatures. Un osier dans mon jardin est intervenu une fois alors que je méditais sur ma terrasse. Un moment de reliance tout à fait merveilleux.
Et si parfois je me sens seule, je peux observer qu'effectivement cela correspond parfois, voire souvent à des moments où je me suis coupée de cette nature autour de moi. Où j'ai négligé un peu trop longtemps d'aller faire un petit coucou et porter attention aux plantes qui évoluent dans mon jardin. Où je me suis trop longtemps plongée dans mes projets, mes soucis, les contingences du quotidien sans nourrir ce lien, mon énergie avec la Terre et la nature par une promenade, une méditation etc.
Je crois que le moment est venu pour chacun d'entre nous d'interroger ce sentiment de solitude, ce manque de reliance. Et si nous le ressentons parfois si fort c'est que c'est le grand moment de redonner du sens aux différents liens et notamment celui que nous avons avec notre environnement, la nature, la terre. Il n'y en a pas de meilleur car nous sommes aujourd'hui en grand danger plus que jamais de ne pas faire ce travail de reconnexion à la nature... c'est le choix de la reconnexion à la Vie... et à la joie. Tout simplement. Je crois et j'espère qu'il nous reste encore un peu de temps pour cela pour réinverser la tendance vers le pôle positif, aussi faisons-en bon usage. Pour nous-mêmes et pour tous les habitants de cette grande maison qu'est la Terre. Comme le Colibri faisons chacune, à notre mesure, notre part chaque jour. Et en prime nous nous sentirons probablement moins seules.

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